" L'extravagance, le rire, la prière attirent les foules." (Félix Leclerc)

11 avril 2025

AU MONT SANS-SOUCI. Jean-Louis Murat


Jean-Louis MURAT. 
L'artiste ferme son parapluie le vingt-cinq mai 2023. Désormais, dans la morose standartisation de l'industrie chantante, manqueront ses outrances verbales, ses jugements définitifs, ses formules à l'emporte-pièce, ses détestations et ses passions. 

La chanson Au mont Sans-Souci met en scène un moment de jeunesse. À La Bourboule, dans les années 60, sur la colline dite Mont Sans-Souci se tient une colonie de vacances dont les enfants, malades, fréquentent les Thermes de Choussy. D'où les clins d'œil : souffles affaiblis; l'air est si doux; Vox; courte haleine... que Murat place dans les strophes.

Les enfants forment une ronde, les monos sont jolies,

allez suer belles têtes blondes aux Thermes de Choussy,

allez soigner à l'arsenic vos souffles affaiblis,

l'air est si doux dans la bruyère au Mont Sans-Souci.


Dieu les enfants aiment la sieste, d'eau tout étourdis,

les filles de Cadet Roussel pendant ce répit

venaient pour une heure à peine voir les gars du pays,

venaient chanter dans la bruyère au Mont Sans-Souci.


J'en pinçais pour une infirmière une brune plutôt jolie,

je suivais comme Davy Crockett son large parapluie,

au Ciné Vox elle m'emmenait voir un Guitar Johnny,

je n'avais qu'une idée en tête, le Mont Sans-Souci.


J'aimais déjà dire je t’aime, je t'aime je lui dis,

je savais qu' dans une semaine elle serait loin d’ici,

tous ces amours de courte haleine embellissaient nos vies

d'un éclat mauve de bruyère au Mont Sans-Souci


Les baisers, le doux manège, viens donc je te suis,

sauras-tu tenir ta promesse et m'aimer cette nuit,

quand s'entrouvraient à la lumière les portes du Paradis

j'aurais passé ma vie entière au Mont Sans-Souci.


Herbe têtue, rouge calèche, toboggans rentrés,

le temps est long qui nous ramène les filles avec l’été,

quand l'éclat mauve délétère n'éclaire plus ma vie

je vais dormir dans la bruyère au Mont Sans-Souci.


Murat déclame dans un souffle continue chaque ligne et les enchaîne rapidement. Seul le piano (où alternent, dodelinement, notes basses à la main gauche et accords à la main droite) soutient une mélodie qui, très vite, nous semble familière (car bien des notes sont voisines - si do# ré si mi ré do# do# la la si si - ce qui facilite le phénomène dit du ver d'oreille). 

Cette mélodie se répète, excepté à la troisième ligne de chaque strophe. Structure fréquente dans les ritournelles enfantines, dont la cadence, ici, engage à la confidence, à la simplicité. 

La voix d'enfant qui achève la chanson bannit tout ce qui pourrait sembler naïf, relever d'une douce nostalgie. Et, après le retour de l'harmonica (instrument à vent, tiens donc...) restera, peut-être, une teinte, l'éclat mauve délétère. Qui sait ?


DC

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