CONTE DES AVEUGLES ET DE L'ÉLÉPHANT
Permettez-moi de reprendre ici ce conte bien connu et de le prolonger à ma manière.
Jadis, en Inde, six aveugles furent invités à toucher, chacun, une partie d'un éléphant pour énoncer ensuite le résultat de leur perception. Le premier tâta le large flanc de l'animal et s'exclama : Mais c'est un mur ! Le deuxième toucha une défense et demanda : Ne s'agirait-il pas plutôt d'une lance ? Le troisième à peine eut-il touché la trompe, s'écria : C'est un serpent... Le quatrième, contre le genou de l'animal, affirma qu'ils étaient évidemment en présence d'un arbre. Le cinquième, la main sur l'oreille du pachyderme s'émerveilla : Quel bel éventail ! Le sixième, énervé, se fâcha : Arrêtez donc vos balivernes, mes amis, rejoignez-moi et vous constaterez que nous sommes en présence d'une corde. Il tenait la queue de la bête... Chacun argumenta!t avec fermeté, la conversation s'envenima.Ainsi, ne tenant qu'une partie de vérité, chacun et chacune ignorent ce que les autres ressentent, connaissent, découvrent. Conviction, certitude, croyance amorcent les disputes, arment les conflits, forcent aux combats obstinés. Qu'il est difficile de tordre son point de vue, s'en détacher ne serait-ce qu'un instant afin d'entrevoir ce que l'autre voit !
Quand, après cette amusante expérience vécue avec un calme de sage yogi, l'éléphant revint à l'écurie, enchaîné auprès de ses compagnons de fortune, il médita tout le reste du jour et une partie de la nuit. Le lendemain il confia à ses pairs : Chacun des six hommes, hier, ne sut dépasser sa première impression. Tous jugèrent selon leurs désirs. J'étais mur pour le fils de maçon, j'étais lance pour l'ancien guerrier, j'étais serpent pour celui qui en a horreur, j'étais arbre pour le grainetier, j'étais éventail pour le domestique, j'étais corde pour celui qui fut marin. Puis il s'esclaffa dans un grand et joyeux barissement.
DC
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire